Bref Résumé
Ce podcast explore la justice sous le règne de Saint-Louis, en se basant sur l'image populaire du roi rendant justice sous un chêne. Marie Dejou, historienne médiéviste, discute de l'évolution de la justice royale, de ses fondements idéologiques et de son application concrète au XIIIe siècle.
- L'image de Saint-Louis rendant justice sous un chêne est une construction tardive, popularisée à partir du règne de Louis XIV.
- Saint-Louis s'appuie sur un héritage carolingien de justice, tout en innovant avec des enquêtes royales pour corriger les abus et garantir l'équité.
- La justice royale entre en concurrence avec les justices seigneuriales et ecclésiastiques, cherchant à s'imposer par sa qualité et son accessibilité.
Introduction
L'émission présente Marie Dejou, historienne spécialiste de Saint-Louis, pour discuter de son ouvrage collectif "La justice de Saint-Louis dans l'ombre du chêne". L'objectif est d'analyser l'image de Saint-Louis rendant justice sous un chêne et de comprendre comment cette image a été utilisée pour étudier la justice à cette époque.
L'image du chêne : mythe et réalité
L'image de Saint-Louis rendant la justice sous un chêne provient principalement du récit de Joinville, un compagnon de croisade de Louis IX. Bien que rendre la justice en plein air était courant au Moyen Âge, l'aspect inhabituel est que Saint-Louis était assis à même le sol, symbolisant son humilité. Cette image a été popularisée à partir du règne de Louis XIV, notamment à travers des représentations artistiques. Au XIXe siècle, elle est devenue un symbole du bon gouvernement, utilisé tant par les royalistes que par les républicains.
Fondements de la justice de Saint-Louis
La justice de Saint-Louis s'inscrit dans un héritage carolingien, où le roi a un devoir de justice envers ses sujets, confirmé lors du sacre. Il s'engage à défendre les opprimés et à garantir la justice. Saint-Louis s'appuie sur les symboles du sacre, comme le sceptre et la main de justice, pour légitimer son pouvoir judiciaire. Des conseillers, tels que Gubert de Tournet et Vincent de Beauvais, ont contribué à définir le ministère royal et à légitimer la supériorité de la justice royale.
Mise en œuvre de la justice royale
La justice royale n'était pas un monopole à l'époque de Saint-Louis, car les seigneurs, l'Église et les villes avaient également leur propre juridiction. Le règne de Louis IX a été marqué par une volonté de convaincre les justiciables de la supériorité de la justice royale, en la rendant plus équitable et professionnelle. Pour ce faire, il a mis en place une justice ordinaire, exercée par des officiers royaux comme les baillis et les sénéchaux, et une justice extraordinaire, à travers des enquêtes royales visant à corriger les abus et à restituer les biens mal acquis.
Les enquêtes royales : une innovation
Les enquêtes royales sont une innovation majeure du règne de Louis IX. Elles sont menées par des enquêteurs qui parcourent le royaume pour restituer les biens mal acquis et réparer les exactions commises par les officiers royaux. Ces enquêtes utilisent une procédure simplifiée, basée sur des témoignages, ce qui facilite l'accès à la justice pour un plus grand nombre de personnes. Elles permettent également de convaincre les sujets de la justice royale, en leur offrant la possibilité de porter plainte contre le pouvoir royal lui-même.
Comparaison avec les Missi Dominici et dimension pénitentielle
Bien que la figure des Missi Dominici puisse être présente dans les mémoires, les enquêtes de Saint-Louis se distinguent par leur dimension pénitentielle. L'objectif est de réparer les exactions et de restituer les biens mal acquis, conformément à la théorie de la restitution des "malé ablata" en vogue dans les milieux religieux. Cette dimension pénitentielle est renforcée par le fait que les enquêteurs sont souvent des ecclésiastiques, notamment des frères mendiants.
Accès à la justice pour tous ?
Les enquêtes de réparation ont permis d'élargir l'accès à la justice, en allant à la rencontre des justiciables et en simplifiant les procédures. Cependant, les plus pauvres et les marginaux avaient encore du mal à faire entendre leur voix. Le Parlement, une autre institution importante créée sous le règne de Louis IX, était plus ouvert à différentes catégories sociales, y compris les femmes et les Juifs, qui pouvaient y plaider et saisir la justice.
Sources et oppositions à la justice royale
Les sources pour étudier la justice de Saint-Louis sont riches, notamment grâce aux vies de Saint-Louis et aux registres du Parlement de Paris. Cependant, ces sources sont souvent arides et pléthoriques, ce qui a nécessité l'utilisation de l'informatique pour les analyser. Des oppositions à la justice royale ont existé, comme dans l'affaire Enguerrand de Coucy, où le roi a dû reculer face à la fronde baronniale.
Compétence royale en matière de justice
Saint-Louis rendait lui-même des jugements et des sentences, mais il déléguait également cette tâche à des juristes, car la justice devenait de plus en plus complexe et professionnelle. Il s'entourait de légistes formés à l'université d'Orléans. La justice royale visait à encadrer et à diriger les autres justices, en posant un étalon de qualité et en permettant l'appel à son Parlement.
Crimes et délits réprimés
Les crimes de sang et les vols étaient réprimés, mais Louis IX a également mené une croisade contre les hérétiques, les usuriers juifs et les blasphémateurs. Il a cherché à interdire le port d'armes et à privilégier la voie de la justice plutôt que celle des armes. L'objectif était d'établir un ordre chrétien et d'assurer la sécurité des sujets.
Justice et pouvoir capétien
La justice était un élément central de la construction étatique capétienne. La justice royale cherchait à casser la concurrence en étant plus équitable et abordable, afin d'attirer les justiciables. La souveraineté royale, un terme qui émerge en français sous le règne de Louis IX, était liée au pouvoir de justice.
Procédure d'instruction criminelle
La procédure accusatoire, où une accusation formelle devait être lancée, coexistait avec la procédure inquisitoire, où les juges pouvaient se saisir de l'enquête même sans accusation formelle. La procédure inquisitoire permettait au pouvoir royal d'ouvrir davantage les litiges portés à la cour du roi.
Conclusion
Marie Dejou remercie l'animateur et les co-auteurs de l'ouvrage. L'animateur remercie Marie Dejou et invite les auditeurs à partager le podcast.

